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English

Raphaël Julliard

R/Deduction

Aurélien Mole

Variously an embalmer, businessman, theoretician, traveller and craftsman, Genevan artist Raphaël Julliard experiments with the equivocal.

A model could be defined as a systematic simplification allowing the representation and organisation of the real. The model has two interpretations, two opposite takes on the trajectory linking idea and object: it can be the description of a reality (from object to idea), or conversely it can be a guiding scheme (from idea to object). Either guiding or descriptive, the ‘model paradigm’ runs throughout Raphaël Julliard’s practice, shedding light on the heterogeneity of the production of this artist living and working in Geneva.

Red herring

Julliard first came to public attention by appropriating an art world model of the globalised economy. At the booth of the gallery Art & Public at Fiac in 2005, in 24 hours he managed to sell a thousand Chinese-made red monochromes at €100 a pop. This could have been the starting point of a career as artist-entrepreneur, adapting the possibilities of the globalised world to artistic production, yet it quickly turned out to be a red herring. Julliard was less interested in the formulation of an equivocal critique of capitalism than in taking the experiment to its logical conclusion. This interest in following a thought from beginning to end is also very much part of the project Sandwich, un making of (2009). Reflecting on the division of labour, the artist set out to make a ham sandwich from scratch. He sowed and harvested wheat to produce his own flour, went to a pig slaughtering in order to make ham and milked a cow to churn butter, documenting each of these steps on film. By realising on his own a finished product, Julliard moved away from an artistic practice based on subcontracting to embrace a more craft-like kind of production, where the object and its maker are intimately linked.

Experimentation

The artwork-as-experiment implies a beginning, an end and a carefully-planned development. This very much applies to the series of drawings realised by the artist while travelling. Julliard turns his peregrinations into models; most often, the number of drawings is determined by the numbers of pages in his notebooks and the time available to finish the project. The 60 eponymous drawings of 60 dessins de pure expression (2009) were made in a notebook with a thumb index, and with the rule of never using the same pattern twice. This system, characteristic of most of the Genevan’s works, is defined by biogeographer Jared Diamond as an autocatalytic model, that is, a structure finding in itself the resources necessary to its own development.1 Originating in chemistry, this term is used by Diamond to describe how a civilisation finds in its immediate surrounding the means to expand. Taken more generally, it also explains why any journey is for Julliard an opportunity to produce new artistic forms.

Scientific models are appreciated for their accuracy, and it’s not uncommon to see them applied to humanities. In most disciplines, a model’s exactness guaranties its validity, yet what Julliard uses as a paradigm is often knowingly chosen for its vagueness. Using a pun to realise an artwork, he embraces a model whose efficiency is paradoxically defined by its semantic ambiguities. The punch of Dur à faire (2009) (hard to do) – a bunch of iron bars seemingly hand-knotted – owes everything to the tension between the homonyms faire/fer (to do/iron) where the act itself contradicts the material’s resistance. From a communicative point of view, the model invoked may be considered void, but it becomes fully efficient when Julliard restates it in the aesthetic field.

Analogies

The use of models is far from Julliard’s only working method, and some of his pieces emerge from analogies between different fields. Schrödinger's Cat (2009) draws parallels between Edwin Shrödinger’s 1935 thought experiment and funeral rites in Pharaonic Egypt. Taking stock of the fact that both are concerned with the creation of a state in which a being is dead and alive, the artist went to Egypt to have a cat mummified according to the ancestral technique, using bandage inscribed with the Austrian physicist’s equation. By uniting science and belief in a mummy, Julliard produced once again an object defined by its capacity to encapsulate a paradox.

Embalmer, businessman, theoretician, traveller, craftsman, but also at times dealer, musician, ascetic, curator, Julliard experiments with different situations leading to the production of a wide variety of objects. No real programme seems to govern this prolific production of works, except, perhaps … the drive to outdo Martin Kippenberger’s eclecticism?

1] Jared Diamond, Guns, Germs and Steel: The Fates of Human Societies, W.W Norton, 1997.

IMAGE CREDITS

Raphaël Julliard, Sandwich, un making of, 2009, capture d’écran

Raphaël Julliard, Sandwich, un making of, 2009, capture d’écran

Raphaël Julliard, Sandwich, un making of, 2009, capture d’écran

Raphaël Julliard, 1000 tableaux chinois, 2005. Vue du stand de la galerie Art & Public à la FIAC 2005, Paris. Photographie copyright : Pixis, Xavier Grandsart 2005

Raphaël Julliard, 60 dessins de pure expression classés par ordre alphabétique (Tuttle record), 2009. Vue de l’exposition À traits tirés, Galerie Lucile Corty, Paris. Photographie copyright : Aurélien Mole 2009

Raphaël Julliard, Dur à faire, 2009. Vue de l’exposition A traits tirés, Galerie Lucile Corty, Paris. Photographie copyright Aurélien Mole 2009

Raphaël Julliard, Schrödinger’s cat, 2009. Vue de l’exposition A Fantasy for Allan Kaprow au Caire. Photographie copyright Mai Abu ElDahab 2009

Français

Raphaël Julliard

R/Déduction

Aurélien Mole

Tour à tour embaumeur, businessman, théoricien, voyageur, artisan, l'artiste genevois Raphaël Julliard multiplie les expériences équivoques.

On pourrait définir un modèle comme une simplification systématique qui permet de figurer et d’organiser le réel. Ce terme recoupe deux interprétations qui pointent chacune une direction opposée dans le trajet qui relie l’idée à l’objet : il peut s’agir de la description d’une réalité (de l’objet vers l’idée) ou alors d’un schéma directeur (de l’idée vers l’objet). Descriptif ou directif, le paradigme du modèle parcourt l’œuvre de Raphaël Julliard et explique en partie l’hétérogénéité des productions de cet artiste qui vit et travaille à Genève.

Fausse piste

C’est par l’application d’un modèle d’économie globalisée au marché de l’art que Julliard s’est tout d’abord distingué. Lors de la Fiac 2005, sur le stand de la galerie Art & Public, il était parvenu à écouler en 24 heures et pour la modique somme de 100€ pièce, mille monochromes rouges réalisés par des ouvriers chinois. Ce qui aurait pu être le point de départ d’une carrière d’artiste entrepreneur adaptant les possibilités de la mondialisation à la production artistique s’est vite avéré être une fausse piste. Julliard était moins intéressé par le fait de formuler une critique ambiguë du capitalisme que de conduire l’expérience à son terme. Cet intérêt pour une expérimentation éprouvée de bout en bout se retrouve dans le projet Sandwich, un making of (2009). À partir d’une réflexion sur la division des tâches, l’artiste a décidé de faire seul un sandwich jambon beurre. Il a semé et récolté le blé pour en faire de la farine, puis du pain, assisté à l’abattage d’un cochon pour en faire du jambon et trait une vache pour en baratter le lait et obtenir du beurre. En réalisant lui-même un objet fini, dont les différentes étapes de réalisation sont documentées par un film, Julliard s’éloigne d’une activité artistique ayant recours à la sous-traitance au profit d’une pratique artisanale où le producteur est intimement lié à ce qu’il produit.

Expérimentation

La réalisation d’une pièce sur le mode de l’expérimentation implique que la tentative ait un début, une fin et que son déroulement soit programmé en amont. Il en est ainsi pour la plupart des séries de dessins que l’artiste réalise lors de ses voyages et qui sont une façon de modéliser ses pérégrinations. Le plus souvent, leur nombre est limité par celui des pages du carnet dans lequel il dessine et au temps donné pour le finir. Les 60 dessins de pure expression (2009) ont par exemple été réalisés sur un répertoire en se contraignant à ne pas répéter le même schéma pour l’élaboration de chaque dessin. Ce système qui caractérise la plupart des travaux du Genevois est défini par le biogéographe Jared Diamond comme un modèle auto-catalytique1, c’est à dire qu’il trouve en lui-même les sources de son développement. Issu de la chimie, ce terme est employé par Diamond pour décrire comment une civilisation trouve les ferments de son essor dans son environnement immédiat. Par extension, cela explique aussi que tout type de voyage soit pour Julliard l’opportunité de produire de nouvelles formes.

Les modèles scientifiques sont prisés pour leur exactitude et il n’est pas rare qu’ils trouvent d’autres applications dans le champ des sciences humaines. Bien que dans tous les domaines, la précision d’un modèle garantisse sa validité, ce qui sert de paradigme à Julliard est souvent sciemment choisi pour son imprécision. Ainsi, en utilisant un jeu de mots pour réaliser une pièce, il se confronte à un modèle qui trouve paradoxalement son efficacité sur des ambiguïtés sémantiques. La dynamique de l’œuvre Dur à faire (2009), un ensemble de tiges en fer comme nouées à la main en leur milieu, repose sur la tension entre les deux sens de l’homonyme faire/fer où l’acte s’oppose à la résistance du matériau. D’un point de vue communicationnel, le modèle convoqué serait jugé comme nul, mais il suffit à Julliard de le déplacer dans le champ esthétique pour qu’il trouve sa pleine efficacité.

Analogies

L’application de modèles n’est pas l’unique façon de procéder de Julliard puisque certaines pièces sont issues d’analogies entre différents domaines. La pièce intitulée Schrödinger's Cat (2009) souligne les rapports qu’entretiennent l’expérience de pensée énoncée par Edwin Schrödinger en 1935 et les rites funéraires de l’Egypte pharaonique. Notant que dans les deux cas, il s’agit de maintenir un état dans lequel un être est à la fois mort et vivant, l’artiste est allé en Egypte pour momifier un chat, selon des techniques ancestrales, en utilisant des bandelettes sur lesquelles était inscrite l’équation du physicien autrichien. En réunissant science et croyance au sein d’une momie, Julliard produit une fois de plus un objet dont la dynamique repose sur sa capacité à incarner un paradoxe.

Embaumeur, businessman, théoricien, voyageur, artisan, mais aussi parfois galeriste, musicien, ascète, commissaire d’exposition, Julliard expérimente différentes situations qui produisent en retour une grande variété d’objets. Aucun programme ne semble présider à cette profusion de formes si ce n’est, euh… la volonté de dépasser l’éclectisme de l’œuvre de Martin Kippenberger ?

1] Diamond, Jared, L’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire, Gallimard, trad. de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat , Paris, NRF Essais, Gallimard, 2000.

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Raphaël Julliard, Sandwich, un making of, 2009, capture d’écran

Raphaël Julliard, Sandwich, un making of, 2009, capture d’écran

Raphaël Julliard, Sandwich, un making of, 2009, capture d’écran

Raphaël Julliard, 1000 tableaux chinois, 2005. Vue du stand de la galerie Art & Public à la FIAC 2005, Paris. Photographie copyright : Pixis, Xavier Grandsart 2005

Raphaël Julliard, 60 dessins de pure expression classés par ordre alphabétique (Tuttle record), 2009. Vue de l’exposition A traits tirés, Galerie Lucile Corty, Paris. Photographie copyright : Aurélien Mole 2009

Raphaël Julliard, Dur à faire, 2009. Vue de l’exposition À traits tirés, Galerie Lucile Corty, Paris. Photographie copyright Aurélien Mole 2009

Raphaël Julliard, Schrödinger’s cat, 2009. Vue de l’exposition A Fantasy for Allan Kaprow au Caire. Photographie copyright Mai Abu ElDahab 2009

 
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