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English

Pierre Leguillon, Blaues Dreieck (1969-2009)

Julien Fronsacq

Simultaneously a rereading, an appropriation and a reinvention, Pierre Leguillon has recently remade Blinky Palermo’s Blaues Dreieck (1969). Showing no nostalgia for the original, Leguillon, best known for his slide shows, celebrates the art edition.

On July 14 2009, Pierre Leguillon announced that he had reactivated Blinky Palermo’s Blaues Dreieck, a small wall painting of a blue triangle originally produced as an edition of 50. Buyers of that first edition didn’t purchase a work as such, instead a set of instructions and tools – a tube of ultra-marine paint and a stencil – the work’s realisation being left to them. Leguillon’s remake has a few precedents, each more or less faithful to their originals: in her furry Cuddly Palermo (1994), for instance, Sylvie Fleury granted her Blaues Dreieck a new, exciting texture. Was Fleury’s reinterpretation, freed from the work’s initial modernist flatness, a devoted homage or a fetish?

Leguillon gained much-deserved recognition in 2000, when he published his ‘Forgetting the Exhibition’ special issue of the magazine art press. In 2007, alongside artists as different as Cécile Bart and Clément Rodzielski, he set up ‘The Promise of the Screen’, a series of events encompassing film screenings, performances and conversations among friends. But the cornerstone of the artist’s eclectic research method is the slide show.1 The first of these shows were oblique and dynamic documentations of performances and exhibitions. Later, the artist’s technique was refined: in the image’s framing and materiality, the reproduction modalities, the disciplines addressed, the soundtrack … With his double projections, slide show pioneer Heinrich Wölfflin (1864-1945) had already gone beyond the merely iconographical approach. Through juxtaposition, he invented the formal analysis (of which today we know the limits). Art history was for Wölfflin a succession of periods defined by characteristic shapes, going from the linear to the pictorial, or from a closed-off composition to a closed-off construction, from unity to multiplicity (Principles of Art History, 1915). ‘The beginning of the sequence constitutes for Wölfflin the arbitrary from which all development unravels.’2 In his slide shows, Leguillon gathers objects and sequences that Wölfflin would have considered heterogeneous. The artist continues the scholar’s all-embracing principle while subverting his reductionist vision, which turns artworks into formal archetypes; images are freed to escape us. ‘In the end, isn’t it more important to share the same ignorance? Not the same knowledge, but the same ignorance? My slide shows try to talk about this, about what I know as much as about what I don’t know. They are based on a lack.’3 In a slide show from December 2003, the showcases gathering furniture, costume and tools in the cultural gallery of the Musée National des Arts et Traditions Populaires are quiet and unfamiliar. Leguillon has added a track of brass band acid house, outcome of an ethnological and iconoclastic project by Jeremy Deller.

In 2008 Leguillon curated a retrospective of Diane Arbus’ published work. But he left aside the vintage photographs, showing instead the images in the context of the magazines that once commissioned them, highlighting the medium’s iterative nature.4 Likewise, in his Blaues Dreieck remake, Leguillon follows Palermo’s instructions, which were much more concerned for the piece’s circulation than its rarefaction: ‘Paint … and give away the original stencil.’ Far from the 80s appropriationists’ longing for the original, Leguillon’s gesture is superbly paradoxical; his own duplication undermines the original protocol as if to better remind us of its unique logic and context.

1] www.diaporama-slideshow.com

2] Recht, Roland, ‘Du style aux catégories optiques’, Relire Wölfflin [ed. Matthias Waschek], Musées du Louvre / École nationale supérieure des beaux-arts, 1995, p. 52.

3] Pierre Leguillon, ‘La traversée du bois, un entretien avec Pierre Leguillon’, Clara, no.1, novembre 2005.

4] Leguillon, Pierre, ‘Diane Arbus : rétrospective imprimée, 1960-1971’, 6 décembre 2008 – 7 février 2009, Kadist Art Foundation, Paris.

IMAGE CREDITS

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Pierre Leguillon, Paris. Photo: Pierre Leguillon.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Lefevre Jean-Claude, Gentilly. Photo: Pierre Leguillon.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Jean-Sébastien Desroc et Guy Tortosa, Alfortville. Photo: Jean-Sébastien Desroc.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Jean-Sébastien Desroc et Guy Tortosa, Alfortville. Photo: Jean-Sébastien Desroc.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Frédéric Teschner, Montreuil. Photo: Pierre Leguillon.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Karina Bisch et Nicolas Chardon, Paris. Photo: Karina Bisch.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Karina Bisch et Nicolas Chardon, Paris. Photo: Karina Bisch.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Pascale Thomas et Christian Pottgiesser, Chargey-lès-Port. Photo: Christian Pottgiesser.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Pascale Thomas et Christian Pottgiesser, Chargey-lès-Port. Photo: Christian Pottgiesser.

Français

Pierre Leguillon, Blaues Dreieck (1969-2009)

Julien Fronsacq

Entre appropriation, relecture et réinvention, Pierre Leguillon réactive le Blaues Dreieck de Blinky Palermo. Loin de la mélancolie de l’original, l’artiste plus connu pour ses diaporamas, célèbre le multiple.

Le 14 juillet 2009, Pierre Leguillon annonce qu’il vient de réactiver Blaues Dreieck (1969) de Blinky Palermo, un triangle bleu peint au mur, à l’origine un multiple numéroté (50 ex.). Sa réalisation était à la charge de l’acheteur aidé d’un mode d’emploi et d’outils (tube de peinture outremer et pochoir). La reprise des œuvres de Palermo a des antécédents plus ou moins fidèles. Avec Cuddly Palermo (1994) (Tendre Palermo), Sylvie Fleury confère à son Blaues Dreieck version fourrure un toucher inédit. Cette reprise libérée de sa planéité moderniste initiale constitue-t-elle un hommage attendri ou un fétiche ?

La reconnaissance de Leguillon prend un tournant décisif en 2000 avec son hors série d’art press « Oublier l’exposition ». En 2007, il conçoit « La promesse de l’écran », occasion cinéphile de s’adjoindre la complicité d’artistes aussi différents que Cécile Bart ou Clément Rodzielski pour des soirées mêlant projections de films, performances et discussions entre amis. Mais les recherches éclectiques de Leguillon ont pour pierre angulaire le diaporama.1 Les premières versions consistaient en une documentation vivante et oblique de performances ou d’expositions. Depuis les gestes se sont précisés : la matérialité et le cadrage de l’image, les modalités de la reproduction, les disciplines abordées, la musique d’accompagnement, etc. Pionnier du diaporama, Heinrich Wölfflin (1864-1945) dépassait déjà, avec la double projection, la simple approche iconographique. C’est lui qui invente la comparaison et l’analyse formelle dont on connaît aujourd’hui les dévoiements. L’histoire de l’art est selon lui une succession de périodes aux formes caractéristiques qui se succèdent du linéaire au pictural, ou encore d’une composition fermée à une construction fermée, de l’unité à la multiplicité (Principes fondamentaux de l'histoire de l'art, 1915). « L’entrée dans la séquence constitue chez Wölfflin l’arbitraire à partir duquel toute forme de développement prend un sens ».2 Dans les diaporamas de Leguillon, il est question de montage à partir de séquences et d’objets que Wölfflin aurait trouvés hétérogènes. L’artiste prolonge la visée globalisante de ce dernier tout en pervertissant sa vision réductionniste qui résume les œuvres à des archétypes formels, les images nous échappant à nouveau : « Est-ce que ce qui n’est pas important finalement, c’est que nous partagions la même ignorance ? Pas le même savoir, mais la même ignorance. Le diaporama essaie de parler de ça. C’est-à-dire autant de ce que je sais que de ce que je ne sais pas. Il s’appuie donc sur un manque ».3 Dans un diaporama de décembre 2003, les vitrines contextuelles de la Galerie culturelle du Musée National des Arts et Traditions Populaires qui mettent en scène du mobilier, des costumes et des outils, deviennent bien étranges et silencieuses. Leguillon y glisse un morceau d’acid house joué par une fanfare minière, fruit d’un projet simultanément iconoclaste et ethnologique de Jeremy Deller.

L’année dernière, Leguillon réalise une rétrospective Diane Arbus présentant ses interventions éditoriales pour les magazines. Commissaire d’exposition, il laisse de côté les photographies vintages au profit de multiples rappelant la nature itérative du médium.4 De même, dans sa reprise de Blaues Dreieck, Leguillon reprend les instructions de Palermo qui visaient bien plus sa mise en circulation que sa raréfaction : « Peignez (…) Offrez ensuite la feuille originale ». Loin d’une mélancolie de l’original propre à certains appropriationnistes des années 80, Leguillon a donc conçu un geste magnifiquement paradoxal qui fonde la duplication en dehors du protocole original pour mieux en rappeler la logique et le contexte.

1] www.diaporama-slideshow.com

2] Roland Recht, « Du style aux catégories optiques », Relire Wölfflin, ouvrage collectif sous la direction de Matthias Waschek, co-édition Musées du Louvre et École nationale supérieure des beaux-arts, 1995, page 52.

3] Pierre Leguillon, « La traversée du bois, un entretien avec Pierre Leguillon », Clara, n.1, novembre 2005.

4] Pierre Leguillon, « Diane Arbus : rétrospective imprimée, 1960-1971 », 6 décembre 2008 - 7 février 2009, Kadist Art Foundation, Paris.

IMAGE CREDITS

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Pierre Leguillon, Paris. Photo: Pierre Leguillon.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Lefevre Jean-Claude, Gentilly. Photo: Pierre Leguillon.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Jean-Sébastien Desroc et Guy Tortosa, Alfortville. Photo: Jean-Sébastien Desroc.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Jean-Sébastien Desroc et Guy Tortosa, Alfortville. Photo: Jean-Sébastien Desroc.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Frédéric Teschner, Montreuil. Photo: Pierre Leguillon.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Karina Bisch et Nicolas Chardon, Paris. Photo: Karina Bisch.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Karina Bisch et Nicolas Chardon, Paris. Photo: Karina Bisch.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Pascale Thomas et Christian Pottgiesser, Chargey-lès-Port. Photo: Christian Pottgiesser.

Pierre Leguillon, « Palermo, Triangle bleu, 1969/2009 », peinture acrylique, 23 x 46 cm, 2009. Chez Pascale Thomas et Christian Pottgiesser, Chargey-lès-Port. Photo: Christian Pottgiesser.

 
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