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English

Exhibition Memory

Staring Into Space

Dominique Petitgand

What remains from the experience of seeing a show? Invited by the editorial team, Dominique Petitgand confesses to being a mediocre exhibition goer: best known for his sound installations intertwining voices, noises and silences, the artist understands the exhibition as space first and foremost.

From my exhibition visits, I remember spaces shaped like U, H, L,
old apartments, large warehouses,
fake mazes, partitioned places,
cubes, rectangles, with no window or hideaway,
successions of rooms, staff-only areas,

floors covered with earth, concrete slabs, wooden floorings,
a row of posts dividing the space,
an angled corridor delaying my progression,

numerous floors, layered like a slice of cake,
an elevator as big as a waiting room and as noisy as a canal lock,
a wide glasshouse overlooking the city, and the cars, with their engines running, shaking the building’s joints,
a long narrow corridor leading to a miniscule white room with a half-open window letting in the noises from three floors below,

a heater’s blowing sound,
a voice going through the galleries,
echoes, hubbub,
chit-chat bouncing off the walls, the tiled floor, the ceiling and gathered in a overhanging and totalising blanket, in a plural white noise,
uninterrupted and moving,

I’m a mediocre exhibition goer, amnesic and ungrateful,
I have to confess
I only care about the place itself,
I almost set aside the artworks,
I project myself into the space, imagine living or (consolation) having an exhibition there,
I take the space for what it is, with its possibilities and difficulties,
for what I can get from it, hear in it,
I survey the place,
and start this mental exercise:
where would I put this, place that …

living or (consolation) having an exhibition there,
I feel that it’s somehow the same thing,
that what is at work in me when I’m preparing and installing an exhibition,
must be – at least to some extent – close to the things I’m concerned with, that make me dream and worry me
when I have to think about living somewhere,

I progressively set up a binary typology
in which I dispatch spaces in different categories:
I immediately know if I’m dealing with a single space, or with a space split in different bits,
a space for circulation, or a space to stay in,
an open space, a closed space,
filled with outside noises, hermetic,
big, small,
central, peripheral,
reverberating, muted,

I progressively domesticate the places,
it’s a naïve, intuitive appropriation,
the space I’m going through is an entrance hall, a corridor, an airlock,
the one I settle in is the bedroom,
there is also the dining room, the living room,
the kitchen, the storage room, the cellar,

This division of the place turns into a point of entry for a possible sound installation,
an installation that would create links between sounds, voices – which I like to broadcast in bedrooms (the protected, muffled spaces) – and others that I prefer installing in more resounding spaces,

one rule: leave the doors open,
because the time a sound takes to reach us is also the time we need to approach it, mentally or physically,

I then focus on the different levels, the distances, the thresholds one has to cross,
on what can be heard from afar, on what can only be understood from close up,
on what one hears when one is here and which mingles with what comes from there,
on what can be heard when moving over there, and on what one can remember previously heard here,
on the mix and the hierarchy between different kinds of sound layers that the mobile visitor sets up each time she stops and dissolves when she moves,
each sound in turn perceived as remote, close, a foreground, an accompaniment,
as remote again,

lastly, I think about the empty spaces,
the hollows as well as the silences,
because it’s not about filling everything up
(these are my dotted-line shapes).

IMAGE CREDITS

Dominique Petitgand, Quelqu'un par terre (Someone on the ground), 2005 / 2007
Installation sonore pour 7 haut-parleurs
Croquis pour l'exposition Stutter, Tate Modern, Londres, 2009
(curateurs Vanessa Desclaux & Nicholas Cullinan)
© Dominique Petitgand

Français

L’exposition différée

État des lieux

Dominique Petitgand

Que garde-t-on de l'expérience d'une exposition? Invité par la rédaction, l'artiste Dominique Petitgand a répondu qu'il était un piètre visiteur. Il ne retient pas des œuvres mais des espaces progressivement domestiqués. Connu pour ses installations sonores mêlant voix, bruits et silences, Petitgand pense l'exposition avant tout comme un lieu.

De mes visites d'exposition, je me souviens d'espaces en forme de U, de H, de L,
d'anciens appartements, de grands hangars,
de faux labyrinthes, de plateaux cloisonnés,
de cubes, de rectangles, sans fenêtre ni recoin,
de pièces en enfilade, d'accès réservés,

de sols en terre battue, de dalles, de planchers,
d’une rangée de poteaux qui divise l'espace en deux,
d'un coude à l'entrée qui retarde mon avancée,

d'étages en coursives qui additionnent les niveaux comme des tranches de gâteau,
d'un ascenseur aussi grand qu'une salle d'attente et aussi bruyant qu'une écluse,
d'une immense verrière tout en largeur qui surplombe la ville et les voitures qui laissent tourner leur moteur au feu rouge et font vibrer les jointures,
d'un long couloir étroit qui débouche sur une minuscule salle blanche avec une fenêtre entrouverte qui me fait entendre ce qui provient de la rue trois étages plus bas,

de la soufflerie d'un chauffage,
d'une voix qui chemine à travers les salles,
d'échos, de brouhahas,
de bavardages réverbérés par les murs, le carrelage et le plafond, agglomérés en une chape en surplomb totalisante, en un bruit blanc pluriel, ininterrompu et mouvant,

je suis un piètre visiteur d'exposition, amnésique et ingrat,
je dois avouer une chose :
je ne suis attentif qu'au lieu lui-même,
je fais quasiment abstraction des œuvres,
je me projette dans l'espace, je m'imagine y vivre ou (consolation) y faire une exposition,
je prends l'espace pour ce qu'il est, ses possibilités, ses difficultés,
ce que j'y perçois, y entends,
je fais l’état des lieux,
et je me lance mentalement dans cet exercice :
où mettrais-je ceci, disposerais-je cela...

y vivre ou (consolation) y faire une exposition :
j'ai l'impression que c'est un peu la même chose,
que ce qui travaille en moi, lors de la préparation et la mise en place d'une exposition,
doit être, en partie du moins, proche de tout ce qui m'occupe, me fait rêver et m'angoisse
lorsque je dois envisager d'habiter quelque part,

petit à petit, s'est forgée en moi une typologie binaire,
qui me fait répartir les espaces en catégories opposées:
immédiatement, je sais si j'ai affaire à un espace d'un seul tenant ou à un espace découpé en plusieurs parties,
à un espace de passage, ou à un espace où l'on reste,
un espace ouvert, un espace fermé,
qui laisse passer les sons du dehors, dans lequel on ne perçoit aucune activité extérieure,
grand, petit,
central, périphérique,
réverbéré, mat,

chemine en moi également une domestication des lieux,
c'est l’appropriation naïve, intuitive :
l'espace que je traverse est une entrée, un couloir, un sas,
celui où je m'installe une chambre,
il y a la salle à manger, la salle à recevoir,
la cuisine, le cagibi, la cave,

la découpe des lieux que je visite alors me suggère une perspective pour une installation sonore possible,
une installation qui instaure des liens entre des sons, entre des voix, que je préfère diffuser dans les chambres (les espaces protégés, feutrés),
et d’autres sons, que j’imagine dans les autres salles plus résonantes,

avec cet impératif : laisser les portes ouvertes,
parce que le temps que met un son à parvenir jusqu'à nous est aussi le temps que l'on prend pour s'en approcher,
mentalement ou physiquement,

puis, je m'occupe des différents paliers, des distances, des seuils à franchir,
de ce que l'on perçoit de loin et que l'on ne comprend que de près,
de ce que l'on entend lorsque l'on est ici et qui se mélange à ce qui vient de là-bas,
de ce que l'on entend lorsqu'on se déplace là-bas et de ce dont on se souvient de ce qu'on a entendu anciennement ici,

du mélange et de la hiérarchie entre les couches sonores que l'auditeur, visiteur mobile,
établit à chaque station puis défait à chaque mouvement
chaque son tour à tour perçu comme un lointain, un à-côté, un accompagnement, un premier plan,
plus tard, à nouveau comme un lointain,

enfin, je considère les espaces vides,
les creux comme les silences,
parce qu'il s'agit de ne pas tout remplir
(ce sont mes formes en pointillé).

IMAGE CREDITS

Dominique Petitgand, Quelqu'un par terre (Someone on the ground), 2005 / 2007
Installation sonore pour 7 haut-parleurs
Croquis pour l'exposition Stutter, Tate Modern, Londres, 2009
(curateurs Vanessa Desclaux & Nicholas Cullinan)
© Dominique Petitgand

 
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