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English

The Theological Niceties of Neons

Chris Sharp

Neon works have colonised exhibition spaces, but few pieces better take stock of the nature of the medium than Bruce Nauman’s The True Artist …, Pierre Bismuth’s Coming Soon and Etienne Chambaud’s Disclaimer.

In speaking about his motives for making his first neon, The True Artist Helps the World by Revealing Mystic Truths (1967), Bruce Nauman famously claimed to have wanted to make something that ‘didn’t quite look like art’. Funny that, because now there are few things that could look more like contemporary art than a neon. So widespread and abused is the use of the neon that it seems to have fallen under the dark and abiding spell of a staggeringly obtuse aesthetic equation (almost an exact reversal of Nauman’s original logic): neon equals art. Yet precious few neon works actually reflect on their status as neons, taking for granted the medium’s specific and irrepressible origins as an agent of consumption, and by extension, capitalism. Nauman’s The True Artist... is however a different story.

Form and content

Inspired by the beer sign that hung in the former store front of his converted studio in San Francisco, Nauman originally had the piece made for the window where he hung it facing the street. Capable of being glossed over or mistaken for a mere advertisement among many, the piece engaged its context to the point of blending into it. But was it an advertisement? If so, what was it trying to sell? Purchase? Faith? Doubt? Existential despair? Given Nauman’s notorious ambivalence toward the veracity of the phrase, it’s hard to say. Significantly, it engaged with the business (the art?) of selling. By consciously entering a space normally reserved for advertising, it shoehorned itself into an even more complex space where faith in capitalism overshadows that of religion, and the artist – whose soi-disant shamanistic powers were instrumental in artistically enfranchising America, cf. Pollock – functions as an agent of that faith. The exemplary complexity and enduring relevance of this work resides not only in the indivisibility of form and content, but also in the history of that form, or better yet, the medium and its relationship to content.

Coming Soon

The French, Brussels-based artist Pierre Bismuth’s Coming Soon (2005) has a no-less engaged relationship with faith, but it’s a faith of a distinct, if warped, temporal order. Insistently referring to a future that will never materialise, this work consists of a rather simple blue neon sign that progressively blinks on ‘c-o-m-i-n-g soon’ and which becomes stranger and more incomprehensible the longer you look at it (unrelenting deferral, like infinity, has a way of gently collapsing the mind). Of course the promise this work yields is rooted in cinema, as experienced in previews. But the fact that it is neon also links that promise to consumption, especially hypothetical consumption (e.g., ‘If only I could buy that…’), gesturing toward the attendant happiness it is liable to procure the potential consumer.

Double Negative

If Bismuth’s neon acts as a secular expression of a kind of faith, another neon by another French artist seeks to shut down the question of faith altogether. The Paris-based Etienne Chambaud’s Disclaimer (2007) is a white neon, which although plugged in, does not work, and reads, ‘I would prefer not to too’. By pledging allegiance to Melville’s recalcitrant scrivener Bartleby, whose cherished response to any request, ‘I would prefer not to’ has become a cri de guerre for refusal, and whose revolt is initially a revolt against work, Chambaud’s neon likewise aligns itself within the medium’s capitalistic history (the cycle of production and consumption). The neon’s refusal would seem to extend to a critical rejection of the medium of neon itself, but the piece, illuminated or not, is still a neon. Consequently, its critical rejection doubles back upon itself and eventually, to a certain degree, undermines the work. If the piece were to really reject neon as a medium, it would not exist at all. So is its negative, critical efficacy necessarily compromised by its positive existence, which nevertheless leaves its integrity more or less intact. It is after all a disclaimer, thus disclaiming itself. But more importantly, its form, akin to the other two neon works already discussed, takes into consideration and reflects upon the history from whence it issues.

Paradoxically, if a neon isn’t trying to sell you something beyond its own unexamined right as art, or test your faith (in consumption, art, faith itself), then it probably shouldn’t be trusted.

IMAGE CREDITS

Bruce Nauman, The True Artist Helps the World by Revealing Mystic Truths (Window or Wall Sign), 1967
Neon tubing with clear glass tubing suspension frame
150 x 150 x 5 cm
Courtesy Sperone Westwater, New York
Philadelphia Museum of Art: Purchased with the Henry P. McIlhenny Fund, the bequest (by exchange) of Henrietta Meyers Miller, the gift (by exchange) of Philip L. Goodwin, and contributions from generous donors, 2007

Pierre Bismuth, Coming Soon, 2005
Neon
Courtesy Bugada & Cargnel, Paris

Etienne Chambaud, Disclaimer, 2007
Exhibition view, Lyon Biennale, MOCA, Lyon, 2007
Neon
180 x 15 cm
Unique
Private collection

Français

Les subtilités théologiques du néon

Chris Sharp

Les œuvres en néon ont envahi les expositions d’art contemporain mais peu font état de la véritable nature de ce médium. Exceptions à la règle: The True Artist… de Bruce Nauman, Coming Soon de Pierre Bismuth et Disclaimer d’Etienne Chambaud.

Faire quelque chose qui "ne ressemble pas à de l’art", telle était l’intention de Bruce Nauman lorsqu’il réalise son premier néon, The True Artist Helps the World by Revealing Mystic Truths (1967). C’est plutôt drôle si on y repense aujourd’hui, il n’y a pas plus art contemporain que le néon. On l’utilise partout et à tout bout de champ, comme si un sort irrémédiable nous avait condamné à obéir à l’équation esthétique suivante (presque l’inverse de la logique de Nauman): néon égal art. Il existe pourtant quelques œuvres en néon qui prennent en charge la signification de ce médium ainsi que la spécificité de son histoire ancrée dans la société de consommation, et par extension, le capitalisme. The True Artist... de Nauman est un cas à part.

Fond et forme

Le néon The True Artist... s'inspire d'un panneau publicitaire pour une marque de bière accroché sur la devanture du magasin qui deviendra ensuite son atelier à San Francisco. À l'origine, Nauman conçoit cette œuvre pour la mettre à sa fenêtre côté rue. Elle passe ainsi pour un panneau publicitaire et se fond dans son environnement. Elle se mélange à son contexte au point de disparaître avec lui. Mais était-ce une publicité? Si oui, que cherchait-elle à vendre? Ou à acheter? Foi? Doute? Désespoir existentiel ? Difficile à dire. Nauman est connu pour n'avoir jamais expliqué la véritable signification de cette phrase qui pourrait se traduire par "Le véritable artiste est celui qui aide le monde par la révélation de vérités mystiques". La relation de cette œuvre avec le monde (l’art ?) du commerce n’est pas anodine. En pénétrant consciemment dans une zone habituellement réservée à la publicité, elle s'immisce dans un espace encore plus complexe où la foi en le capitalisme éclipse celle de la religion. L'artiste est agent de cette foi, ses pouvoirs soi-disant chamaniques ont joué un rôle clé dans l'émancipation de l'Amérique (Pollock). D'une complexité exemplaire et d'une grande pertinence, The True Artist... ne repose pas seulement sur la symbiose du fond et de la forme mais aussi sur l'histoire de cette forme, voire même du médium en relation avec le fond.

Coming Soon

Le néon Coming Soon de Pierre Bismuth, artiste français qui vit et travaille à Bruxelles, fait preuve d'une foi tout aussi engagée, mais agissant de façon perverse sur le temps. L'œuvre est un néon bleu dont l’inscription 'c-o-m-i-n-g soon' clignote progressivement. Elle se réfère à un futur qui ne se matérialisera jamais. Plus on la regarde, plus elle devient étrange et incompréhensible (une façon de remettre indéfiniment à plus tard qui vous donne le tournis). L’œuvre tient une promesse similaire aux bandes annonces de cinéma. Le néon tient quant à lui une promesse d’un tout autre ordre, celle d'une consommation hypothétique ("si seulement je pouvais m'acheter ça... ") qui désigne la promesse d'un bonheur au potentiel consommateur.

Double négation

Tandis que le néon de Bismuth incarne la foi d'un genre profane, celui d'Etienne Chambaud, autre artiste français, cherche au contraire à l'anéantir. Disclaimer (2007) est un néon blanc qui ne marche pas, même branché. On lit la phrase "I would prefer not to too" inspirée du serment de Bartleby, le scribe rebelle de Melville qui à chaque sollicitation répond inlassablement "I would prefer not to" ("Je ne préférerais pas"). Devenue véritable symbole du refus, la formule incarne à l'origine la révolte du scribe contre le travail. Le néon de Chambaud s'inscrit aussi dans l'héritage capitaliste de ce médium, son cycle de production et de consommation. On pourrait penser que la négation du néon dans Disclaimer s'accompagne d'un rejet critique de celui-ci. Or, l'œuvre reste un néon, allumé ou éteint. Du coup, la négation se retourne sur l'œuvre elle-même pour la saboter. Si Disclaimer (en francais, le démenti) avait pour véritable intention de rejeter le néon en tant que médium, l'œuvre n'existerait pas. De la même façon, l'efficacité de la négation et de la critique, nécessairement compromise par son existence matérielle, laisse son intégrité plus ou moins indemne. Après tout, il s'agit d'un "démenti" où l'œuvre se dément elle-même. Comme les deux autres néons cités plus haut, Disclaimer prend formellement conscience de l'histoire qui le constitue.

Curieusement, si un néon n'essaie pas de vous vendre quelque chose au-delà de son droit "illégitime" à être de l'art, ou à tester votre foi (en la consommation, l'art ou la foi elle-même), vous ne devriez pas lui faire confiance.

IMAGE CREDITS

Bruce Nauman, The True Artist Helps the World by Revealing Mystic Truths (Window or Wall Sign), 1967
Neon tubing with clear glass tubing suspension frame
150 x 150 x 5 cm
Courtesy Sperone Westwater, New York
Philadelphia Museum of Art: Purchased with the Henry P. McIlhenny Fund, the bequest (by exchange) of Henrietta Meyers Miller, the gift (by exchange) of Philip L. Goodwin, and contributions from generous donors, 2007

Pierre Bismuth, Coming Soon, 2005
Neon
Courtesy Bugada & Cargnel, Paris

Etienne Chambaud, Disclaimer, 2007
Exhibition view, Lyon Biennale, MOCA, Lyon, 2007
Neon
180 x 15 cm
Unique
Private collection

 
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